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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Photo : Ernst Haas à la galerie Les Douches

8 Novembre 2015, 15:53pm

Publié par Frederic Augendre

Après avoir fait ses premières armes photographiques dans le Vienne de l'immédiat après-guerre, Ernst Haas a rapidement intégré l'agence Magnum dont il assurera un temps la présidence. Il est l'un des premiers photojournalistes à s'être intéressé à la couleur, pratique dont les détracteurs considéraient à l'époque (c'est à dire dans la fin des années 50) qu'elle s'interposait malencontreusement entre le sujet et l'oeil.

Et c'est bien à un authentique coloriste que nous avons affaire, en découvrant la sélection d'images, majoritairement new-yorkaises, exposées à la galerie parisienne Les Douches.

"Frigidaire, Paris, France", 1954" & "New York City, USA", 1962

"Frigidaire, Paris, France", 1954" & "New York City, USA", 1962

Haas joue d'une palette de couleurs très denses et saturées, en larges à-plats, bien souvent dans un registre monochrome, à l'exemple de "Frigidaire", où la seule teinte remarquable est le bleu d'une vitrine devant laquelle passe une nonne coiffée d'une cornette blanche, et dont la robe noire se fond avec celles de limousines très américaines. Dans "New York City, USA" qui lui est accolée, le photographe autrichien a réussi ce paradoxe d'une photo couleur en quasi noir-et-blanc, du capot de la voiture au costume et au chapeau de l'homme qui y est juché, jusqu'à la grisaille en arrière-plan des murs de la ville. Dans cette palette sobre et froide émerge une enseigne lumineuse orange, qui fait écho à la plaque d'immatriculation de la voiture au premier plan, et à la tranche du livre dans lequel le sujet est plongé.

Nuit de New York, 1972

Nuit de New York, 1972

A gauche "Route 66, Albuquerque, NM", 1969

A gauche "Route 66, Albuquerque, NM", 1969

Haas photographie souvent contre ou dans les vitrines, découpant ainsi une rue new-yorkais en sa réalité et son double, la structure à contre-jour d'un auvent fournissant à l'image sa presque symétrie. La nuit lui fournit des noirs profonds (Route 66, Albuquerque), lorsqu'il ne la photographie pas à travers les reflets.

Photo : Ernst Haas à la galerie Les Douches

De jour, ses lumières sont franches, les ombres marquées se combinent à une rigoureuse géométrie.

"Street Market Paris", 1955 à gauche, & au centre, à New York dans le tout début des années 50

"Street Market Paris", 1955 à gauche, & au centre, à New York dans le tout début des années 50

Les jeux de reflets sont parfois si complexes, et démultipliés, que l'image prend la tournure d'un kaleïdoscope, mais dans ce désordre apparent la grammaire demeure rigoureuse. Haas est capable de déconstruire l'ambiance d'une scène de marché parisienne, ou la déambulation des piétons dans une avenue new yorkaise, de la scinder en tranches pour reconstruire une scène extraordinairement ordonnée, au centre d'attention évident, et tout cela sans se départir de ses partis-pris de coloriste. Il est aussi celui qui a "inventé" les filés colorés, et peut nous embarquer dans des compositions d'une abstraction totale.

Les Douches l'expose jusqu'au 23 décembre, 6 rue Legouvé dans le dixième arrondissement parisien (Métro République ou Jacques Bonsergent, du mercredi au samedi de 14 à 19 h). En s'y déplaçant avant le 28 novembre, on profitera dans le même mouvement, et dans les mêmes lieux, de "Chicago Eyes" qui rassemble les regards de plusieurs photographes dont la désormais célébrissime Vivian Maier, mais encore Tom Arndt ou Raeburn Flerlage.

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