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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Photo : Erwin Olaf à la galerie Rabouan Moussion

17 Novembre 2015, 09:14am

Publié par Frederic Augendre

Erwin Olaf est un photographe néerlandais qui compose des images sophistiquées. Sa démarche est cinématographique, tout dans son cadre est mis en scène. Il recrée de toutes pièces des ambiances datées de cinquante ou soixante ans en arrière, en soignant les moindres détails du décor, des costumes, des maquillages, des coiffures. Ses personnages sont dans un autre temps, et ce sentiment qu'ils sont ailleurs est renforcé par leur posture figée, leur regard le plus souvent porté dans le vague. Les poses sont très travaillées, on est dans un jeu d'acteur plutôt que de modèle.

Pour Waiting, le choix du noir et blanc

Pour Waiting, le choix du noir et blanc

Il flotte cependant au sein de ces images un je ne sais quoi d'anachronique. C'est assez intangible, cela tient peut-être à une texture des vêtements, trop fluides pour être d'époque, ou au rendu photographique hyper-précis et détaillé, pas forcément compatible avec la technique d'alors. Il y a comme un imperceptible décalage, qui déstabilise le spectateur. De par son statut même la photographie témoigne de "ce qui a été", elle garde la trace d'un instant vécu. En captant à distance un moment - fantasmé - vieux de plusieurs décennies, Erwin Olaf crée une forme de trouble et de vertige.

De très belles femmes aux postures figées, dans des décors tirés au cordeau

De très belles femmes aux postures figées, dans des décors tirés au cordeau

Si en 2005 sa série Hope était en couleurs, Olaf a choisi le noir et blanc pour Waiting, exposition visible jusqu'au 28 novembre à la galerie Rabouan Moussion. Ses personnages sont de très belles femmes, seules dans des halls d'hôtel, des restaurants ou des salons de thé. Qu'attendent-elles, qui attendent-elles ? Dans ces décors à la géométrie trop parfaite, leur attitude évoque la résignation plutôt que l'ennui. A ces grands tirages, le photographe a joint une installation vidéo, deux écrans en miroir où défilent simultanément deux visions d'une même scène (plan large/plan serré, champ/contre-champ). Le personnage tourne la tête, cligne des paupières, regarde sa boisson, ses mains, expire. C'est lent. On attend avec elle.

Auto-portraits à travers les âges

Auto-portraits à travers les âges

Erwin Olaf a par ailleurs une pratique très particulière de l'auto-portrait, provocatrice ou dérangeante, selon le regard de celui qui l'observe. La pose pourrait être qualifiée d'exhibition. Il s'est photographié couvert de goudron et de plumes, travesti, nu, ou encore le visage éclaboussé de sperme. L'exposition nous le montre barbu et capuchonné de noir, baillonné par un mors de caoutchouc, regard exhorbité et bave aux lèvres. Sur le mur opposé, il se met en scène en éphèbe aux joues creuses et aux pectoraux d'acier avançant dans l'âge jusqu'à porter des rides et une alimentation en oxygène. Si c'est une autre évocation de l'attente, elle apparait foncièrement pessimiste et là encore, résignée.

Galerie Rabouan Moussion, 11 rue Pastourelle, Paris 3e

Jusqu'au 28 novembre

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