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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Montagne : alpinisme à l'ancienne dans les Aravis

29 Août 2012, 10:22am

Publié par Frederic Augendre

alpinisme aravis Frederic Augendre-2571David, mon guide de haute montagne favori, est parti avec sa petite famille pour un voyage de plusieurs mois à travers l'Europe et le continent asiatique, aussi est-ce sur la corde d'un de ses collègues que je me suis attaché lors de mon séjour estival - et rituel - à la Clusaz (Haute Savoie).

 

Le massif des Aravis regorge de grandes voies modernes, mais Fred aime sortir des sentiers battus, et il cultive un goût certain pour l'escalade à l'ancienne, "en terrain d'aventure" selon l'expression consacrée, c'est à dire sur des itinéraires qui n'ont pas connu le perforateur et les protections fixées à demeure.

 

Ni plaquettes d'assurage vissées sur chevilles, ni broches scellées dans le rocher, le leader se protège au fur et à mesure de son ascension en plaçant des coinceurs dans les fissures, voire en plaçant des pitons. Tandis que le tracé des voies modernes se rapproche souvent au plus près de la trajectoire du fil à plomb, en terrain d'aventure le grimpeur s'élève par un itinéraire sinueux qui emprunte les lignes de faiblesse de la paroi.

 

En l'absence de points de protection à demeure balisant le chemin, la nécessité de "lire" le terrain est absolue. Et même si les "friends", ces coinceurs à came que le grimpeur pose en actionnant un dispositif à ressort intégré, s'avèrent d'une tenue étonnante, les garanties qu'ils offrent sont unautrement aléatoires que celles des broches vissées ou scellées, que même un tracteur n'arracherait pas à la montagne.

 

Bref, le terrain d'aventure réclame plus d'expérience, plus d'engagement, et met le moral de l'alpiniste à plus dure épreuve. On parle là, évidemment, pour le leader.

 

Pour le second de cordée, qui n'assume qu'une part minime du risque, grimper en terrain d'aventure n'est malgré tout pas indifférent : la variété des difficultés et de la topographie de la voie, l'ambiance générale des lieux, donnent un autre sel à l'histoire, pour ne pas dire un parfum d'authenticité.

 

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Un passage où, pour rire, nous avons répété la phrase du fameux Georges Livanos,

dit le Grec : "la paroi déjà verticale se redressait encore..." (Photo F. AUGENDRE)

 

Pour qui, comme Fred, connaît son massif sur le bout des doigts, l'aventure n'est pas forcément très loin. Juste au-dessus de la Clusaz, en nous enfonçant à peine dans la vallée des Confins, nous sommes montés au-dessus des alpages vers le Rocher de la Salla, sommet d'altitude relativement modeste (2217) mais joliment dessiné dont l'arête Sud-Ouest nous tendait les bras.

 

alpinisme_aravis_Frederic_Augendre-2565.jpg

Près du cairn au sommet, avec en arrière plan la chaîne des Aravis (Photo F. AUGENDRE)

 

N'était-ce les gradins envahis de végétation qui entrecoupaient ici ou là l'ascension, nous aurions pu nous croire en haute montagne. Fred m'a montré à l'occasion comment le grimpeur au taquet peut se retenir à un bout de pelouse sans tout arracher : il s'agit, d'une rotation de poignet, de tordre la touffe d'herbe dans sa main, de façon à ce que ses brins s'enroulent sur eux-mêmes comme les torons d'une amarre.

 

Il y a comme cela quelques passerelles entre les principes du montagnard et ceux du navigateur. Ne pas croire pour autant que savoir tenir sur le pont d'un bateau donne le pied alpin, c'est là aussi une question d'apprentissage et d'expérience. Pour le dire comme un entraîneur de voile de ma connaissance, il s'agit d'enrichir sa bibliothèque personnelle de situations vécues. De ce point de vue, l'ascension des Rochers de la Salla pourra figurer en bonne place dans les rayonnages de mes souvenirs de montagne.

 

alpinisme_aravis_Frederic_Augendre-2550.jpg

Au détour de la voie, vue sur le sommet de la Tournette (Photo F. AUGENDRE)

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