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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Photo : mort et destruction selon Herbaut

20 Novembre 2012, 10:43am

Publié par Frederic Augendre

Guillaume-Herbaut-7-7-exposition-Fred-Augendre-0418.jpg

Devant le sixième tableau de "7/7" (photo F. AUGENDRE)

 

Guillaume Herbaut est un photographe habité. Son univers personnel, dérangeant, nous plonge dans des ambiances de violence, de mort et de destruction. Au Carré de Baudouin, où cet ancien de L'oeil Public (collectif dissous fin 2009) est exposé jusqu'au 5 janvier 2013, le visiteur tombe d'abord sur un mur d'images, où sont accolées des vues de portes d'appartement de  la ville de Pripiat. Herbaut a réalisé cette série lors d'un de ses derniers voyages dans la région de Tchernobyl, "Zone interdite" depuis l'accident nucléaire de 1986. Située à trois kilomètres de la centrale, Pripiat a été évacuée le lendemain de la catastrophe, et ravalée au rang de ville fantôme.

 

En visitant les appartements dévastés et soumis au pillage pour y dépister les traces des vies les ayant peuplés, Guillaume Herbaut a fini par focaliser son regard sur les portes d'appartement de l'immeuble Ukraine. Toutes fracturées. Toutes photographiées à la même distance, à main levée, avec sensiblement le même cadre, horizontal (et légèrement penché), là où la géométrie des portes aurait pu commander un cadrage vertical et rigoureux. L'image ne montre que la partie supérieure des portes et des chambranles, la composition vaguement de guingois renforce le malaise. A y regarder de plus près les portes sont toutes identiques, leurs différences d'aspect ne tenant qu'à des décorations adhésives, dérisoires revêtements qui se craquèlent comme la peinture des murs. Les images des "Portes de Pripiat" puent la tristesse, l'abandon.

 

A l'étage du Carré de Baudouin se poursuit ce travail sur "La Zone", où Guillaume Herbaut est retourné plusieurs fois pendant depuis 2001. Il y navigue entre attirance et répulsion, jusqu'à son dernier voyage où il comprend qu'il n'y retournera plus. "Avec le temps, écrit-il, Tchernobyl est devenu un repère comme un phare à la lueur morbide."

 

Guillaume-Herbaut-7-7-exposition-Fred-Augendre-0417.jpg

Dans la procession le silence est total (Photo F. AUGENDRE)

 

Mais le morceau de bravoure, le grand-oeuvre d'Herbaut, s'expose dans la salle d'à-côté. "7/7", ce sont sept séries d'images, sept lieux, sept histoires, livrant une vision crue et désespérée de notre humanité. La tradition de la vendetta en Albanie, la vie dans la petite cité polonaise qui abritait le camp d'Auschwitz, les vestiges de Tchernobyl, les survivants de Nagasaki, les viols et les meurtres de femmes dans la ville mexicaine de Ciudad Juarez, près de la frontière des Etats-Unis. Les images les plus violentes cotoient le hors-champ de lieux dont les légendes photos nous disent seulement qu'ils ont été le théâtre de choses affreuses. Sur trois pans de murs, la juxtaposition des photos crée comme un immense film devant lequel les visiteurs défilent en procession. Certaines images sont des mises en scène, Herbaut fait poser une veuve ou une orpheline avec un couteau, nous sommes plongés dans le témoignage militant autant que dans le documentaire. Ailleurs, c'est seulement un terrain vague, dont on nous dit qu'il s'y est déroulé un faits divers particulièrement sordide. Une victime de la bombe H est photographiée habillée, puis dénudée. Les textes, d'une force incontournable, ne laissent aucune échappatoire au visiteur aimanté. Inutile d'espérer contempler ces images pour leur seule esthétique.

 

Dans cet exposé brutal, au rythme parfois déconcertant, le photographe nous parle évidemment de lui, de son rapport au monde, autant que de la façon dont va le monde. Pour qui en douterait, ce septième tableau de 7/7, en forme de triptyque énigmatique : une fenêtre masquée par un rideau, une boîte, et au milieu, l'autoportrait d'Herbaut, nu dans la pénombre.

 

La plaquette de l'exposition Guillaume Herbaut au Carré de Baudouin est téléchargeable ici, en pdf.

 

Expo visible jusqu'au 5 janvier 2013, Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris. Métro Gambetta. Du mardi au samedi de 11 à 18 h.

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