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Frédéric Augendre, le texte et l'image

RETOUCHEZ-VOUS VOS PHOTOS ?

13 Juin 2011, 14:37pm

Publié par Frederic Augendre

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Loquirec à marée basse. Correction de l'exposition, récupération des hautes lumières, débouchage des ombres, renforcement de la netteté, légère saturation (Photo F. AUGENDRE)

 

"Vous êtes photographe ? Ah. Retouchez-vous vos photos ?" J'ai été interpellé tant de fois en ces termes que je serais bien incapable de les compter. Derrière cette question, une attente : mes interlocuteurs souhaitent être rassurés sur l'authenticité de mes images, m'entendre dire que non, il n'y a eu sur l'ordinateur ni trucage, ni suppression, ni ajout, que mes photos sont bien ce qu'elles se donnent à voir, un aperçu honnête d'une réalité telle qu'elle a existé à un instant donné.

 

J'explique comment je travaille (comment nous travaillons, car je pense que la plupart des photographes suivent à peu près les mêmes procédures) : je retouche les fichiers issus de mon boîtier, mais mes retouches concernent exclusivement le rendu de l'image (cadrage, température de couleur, luminosité, contraste, accentuation de la netteté). Je vois bien, dans ces discussions, qu'une partie de mes interlocuteurs est déçue. "Ah, vous retouchez ..."

 

Il faut donc patiemment lever le quiproquo. Expliquer que retravailler ses fichiers ne revient pas forcément à raffermir la poitrine de son modèle, redessiner les abdos d'un homme politique s'exhibant torse nu, ni supprimer (ou ajouter) un élément dans le cadre. Que les fichiers de format "Raw" produits par mes appareils photos sont "bruts de capteurs", et qu'ils nécessitent d'être optimisés avant publication. Que les améliorations apportées à mes images ne sont pas différentes, dans leur nature, de celles figurant d'emblée dans les fichiers de format Jpeg dont, peut-être, mon interlocuteur a l'habitude avec son propre appareil. Il ne le sait peut-être pas, mais ses images sont déjà "boostées" avant qu'il ne les transfère sur son ordinateur. Les photographes travaillant en Raw préfèrent effectuer eux même ce travail que de le confier au programme et aux réglages standard de leur boîtier.

 

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Tour des yoles en Martinique. Optimisation du piqué de l'objectif avec DXO (Photo F. AUGENDRE)

 

Il y a donc retouche et retouche, mais où le photographe doit-il s'arrêter ? Si la vocation de l'image est purement esthétique, la question ne devrait pas se poser. Comme le proclamait André Breton, "Toute licence en art". Si en revanche, la photo fait oeuvre documentaire ou journalistique, elle se doit d'être honnête, sinon objective (il n'y a pas d'objectivité en photo ni en journalisme, le choix d'un sujet ou du point de vue d'où on le traite relève déjà d'un parti pris subjectif).

 

Le dernier numéro de magazine "Nikon Pro" pose ainsi la question : "à partir de quel moment passe-t-on de la retouche ordinaire à la falsification ?" Et il signale, parmi les réponses possibles, les "directives Reuters" émises par cette agence d'information internationale après le scandale des photos d'une attaque istralienne de Beyrouth, où l'auteur avait multiplié les colonnes de fumée noire montant de la ville.

 

Reuters résume ses principes directeurs en trois points :

 

- Pas d'ajouts ni de retraits d'éléments touchant au sujet même de la photo (qui modifient de fait le contenu originel et l'intégrité journalistique).

 

- Pas d'éclaircissement, assombrissement ou floutage excessifs (qui tromperaient le spectateur en travestissant certains éléments de la photo).

 

- Pas de modification excessive des couleurs (qui altèreraient profondément les conditions de lumière initiale).

 

Suivent des guidelines (recommandations), trop techniques pour être reproduites en détail ici, mais que l'on pourra consulter sur le site de l'agence.

 

Leur examen pourra, peut-être, alimenter la réflexion des photographes, iconographes, éditeurs ou citoyens-spectateurs, qui s'interrogent probablement, parfois, à la vision de certaines images embellissant (ou dramatisant) curieusement la réalité qu'elles prétendent reproduire.

 

 

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Victoire de Roland Jourdain dans la Route du Rhum. Image prise sans flash, dans des conditions difficiles. Léger recadrage, correction de l'exposition, accentuation de la netteté, légère saturation des couleurs. (Photo F. AUGENDRE)

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Christophe Baudry 13/06/2011 17:41


Dans le sport la question est de savoir pour qui on travaille. Est ce de la presse ou est ce du corporate et de la pub ? Et comme la presse représente de moins en moins de ca...


Frederic Augendre 13/06/2011 17:48



Merci, Christophe, pour cette réflexion d'autant plus pertinente que la presse tend à produire de moins en moins ses propres images, et à récupérer gratuitement des images dites "libres de
droit", fournies par les agences de communication et les sponsors. L'idée qu'une image en vaut une autre et que peu importe qui l'a financée est évidemment naïve.