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Frédéric Augendre, le texte et l'image

VOILE, 6.50 : LE MAGNUM ET SON ÉTRAVE JUMBO

13 Mars 2011, 19:56pm

Publié par Frederic Augendre

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A La Rochelle, devant la plage et le Phare du bout du monde (Photo F. AUGENDRE)

 

Je me suis attelé ce week-end à la réalisation d'une nouvelle galerie pour mes images, mieux organisées et mises en valeur sur la plateforme Photoshelter. J'ai provisoirement ouvert cette galerie par un reportage sur Magnum, un petit voilier franchement surprenant dessiné par son skipper, David Raison, pour participer à la mini-transat et aux autres courses de la classe 6.50 (pour 6,50 m de longueur de coque).

 

Je ne sais trop ce qui m'a fait choisir d'emblée vers cette collection d'images en particulier, peut-être la lumière qui baignait cette fin d'après-midi rochelaise, pendant le salon nautique à flot du Grand Pavois, lorsque nous sommes sortis avec le Magnum pour un article de Voiles et Voiliers. Au photoclub de Palaiseau, nous définissons ainsi une (bonne) photo : la combinaison d'un sujet, d'un instant, d'une lumière et d'un oeil (celui du photographe). Je suis au moins sûr, avec cette série-là, d'avoir placé assez haut deux des critères de résultat.

 

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  Brumisateur d'étrave dans le soleil couchant (Photo F. AUGENDRE)

 

La lumière était donc magique, et le sujet ne laisse pas indifférent. Le Magnum, ainsi baptisé pour sa ressemblance avec un certain esquimau glacé, ne s'apparente à aucun autre bateau de course au large. Avec cette étrave sans égale (péniche, jumbo jet ?), David Raison a voulu un voilier ultra-puissant pour sa taille, capable de porter plus de toile que ses concurrents, et plus longtemps (lorsque la brise monte et que les petits copains réduisent la voilure).

 

La stabilité latérale d'un bateau (les navigateurs parlent de raideur à la toile) dépend pour l'essentiel de deux facteurs : le poids du lest (qu'il soit placé dans la quille aussi bien que sur les côtés du bateau, par exemple lorsque l'équipage est assis au rappel); et la largeur de la carène. A la gîte, le voilier s'appuie sur l'extérieur de la coque, et plus celui-ci est éloigné du centre de gravité du bateau, plus le bras de levier du lest est important.

 

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Il n'y a pas que le numéro 747 pour évoquer le nez d'un Boeing (Photo F. AUGENDRE)

 

CQFD : à poids égal, autant avoir un bateau aussi large que possible (ceux qui commencent à caler pourront réviser leurs cours de physique de seconde) ... pourvu que le gain de puissance permette d'emmener plus vite une coque présentant une surface de contact avec l'eau (et donc un frein) bien supérieure.

 

Voilà pourquoi les bateaux de la mini-transat, ou ceux du Vendée Globe, réglementairement bloqués dans leur longueur mais pas dans leur largeur, ressemblent vus de l'arrière à des plats à barbe, des coupes de champagne, des pelles à feu, voire des tapettes à maquereaux, selon le mot d'Halvard Mabire, navigateur aussi fameux pour ses bons mots que pour son talent sur l'eau.

 

Mais si tout le monde dessine large aujourd'hui, David Raison a voulu aller encore plus loin, en appliquant ce principe de largeur extrême sur toute la longueur de son bateau, là où les autres voiliers se rétrécissent jusqu'à l'étrave.

 

Et cela marche, du feu de Dieu, même. Lors de notre essai à La Rochelle, le Magnum déposait à toutes les allures le Mini 650 n°719, de Nicolas Boidevezi, qui nous servait de référence. La question à laquelle il manque encore une réponse, c'est le comportement face à une mer hachée. En réalité, Raison n'a rien inventé, il s'est inspiré des fameux scows (un exemple ici) qui affichent des performances impressionnantes … sur plans d'eau intérieurs.

 

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  La référence et le trublion, bord à bord ... pour pas longtemps (Photo F. AUGENDRE)

 

Jusqu'alors, le Magnum n'a pas terminé une course, il a toujours abandonné sur casse matérielle. Il est vrai que le bateau a été construit et équipé hyper-light (plus le bateau est globalement léger par rapport à son poids de lest et … plus il est puissant). Même un peu plus costaud, serait-il capable d'affronter la haute mer ?

 

Certains architectes, sans aller à de telles extrémités (si j'ose dire), ont commencé ces derniers temps à mettre plus de volume dans les formes avant des bateaux de Vendée Globe, et de l'avis des skippers comme Michel Desjoyeaux ou Vincent Riou, ces voiliers tapent énormément dans la vague, sollicitant fortement le matériel, et les hommes. L'architecte du Magnum dé-Raisonne-t-il ? Si la voie qu'il tente de défricher finissait par s'avérer pertinente, nos voiliers devraient sacrément changer d'allure dans les années à venir... Toutes les images du Mini n°747, dit Magnum, sont visibles sur ma galerie. 

 

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V&V de décembre 2010, avec mes images et celles de Thierry Martinez et Christophe Breschi

 

 

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patrick dupin 16/07/2013 15:46

Bonjour
Je suis propriétaire d'un voilier TJALK de 9,30 m de long et 2,80 m de large construit en 1980 en Hollande . Coque , pont (recouvert de lattes de teck)et roof en polyester. Le gréement est en bois
avec une corne . La proue et la poupe sont arrondies comme la proue de MAGNUM et une expérience dans la Gironde avec des vagues d'1,50 m et le vent contre m'a démontré que la coque ne tape pas mais
fait son trou sans éclabousser tout le bateau. Pas une goutte d'eau dans le grand cockpit. Au largue et tout dessus la vitesse est surprenante et tenir la barre franche est un plaisir sans surprise
. Au près on se défend très bien avec une dérive latérale . Le déplacement est de 6t500. Le lest en ciment bien réparti assure une stabilité en rapport avec la voilure .
je suis passé voir David Voisin l'autre jour à Larmor Plage sans succès.Je voulais lui demander de m'indiquer un lieu qui conviendrait le mieux à Lorient et qui m'éviterait de me retrouver avec les
autres voiliers auxquels il ne ressemble absolument pas . Le voilier s'appelle LYSANNE et est actuellement le long du ponton de St Nicolas des Eaux sur le Blavet .
La victoire de MAGNUM dans la mini transat de 2013 avec une marge qui prouve l'extraordinaire efficacité de sa forme inhabituelle m'a fait réalisé la qualité de navigation de LYSANNE et m'a fait
comprendre les avantages de sa conception par rapport au "classique" qui tape et qui mouille !!!
A tout hasard , LYSANNE est à vendre depuis 15 jours car ma femme ne veut plus aller en mer et je vais avoir 80 ans (no comment) .

Si je descends à LORIENT avec LYSANNE qui est opérationnelle j'aimerais le faire avec deux marins . Le mât monte et descend en 5 minutes avec une manivelle et gréer les 3 voiles en dacron rouge est
un jeu d'enfant mais il faut quelqu'un pour tenir la barre !!!
Si vous connaissez quelqu'un que cela intéresse (une journée !) mettez moi en rapport pour en discuter !!!

Florin Draghici 01/11/2011 08:16


Merci pour cet excellent article, qui éclaire un peu plus sur les caractéristiques de cette improbable machine. Entre temps, David a gagné haut la main la deuxième étape et le general de la Transat
6.50. Cela valide ses choix architecturaux pour une course donnée et pour des conditions de vent et de mer données... David (l'architecte, ce coup-ci) avouait avoir des touches pour deux autres
bateaux, dont un seul est un Mini. Attendons voir...


Frederic Augendre 01/11/2011 10:00



Merci pour votre commentaire. Effectivement, de l'eau a coulé depuis cette sortie à La Rochelle qui m'avait donné l'occasion de photographier le Magnum sous toutes ses coutures, et le bateau a
fait ses preuves, pour des conditions de mer et de vent données comme vous le soulignez très justement. Nul doute que les voiliers open vont continuer de voir leurs formes avant s'arrondir ou
prendre du coffre (sans pousser le bouchon si loin que David Raison, nombre d'architectes avaient déjà pris cette direction, voir par exemple les plans Verdier ou Manuard)... au risque de rendre
les bateaux très inconfortables au près dans la mer. Cet inconfort (c'est un euphémisme) impliquant logiquement de gros efforts structurels, pouvant conduire aux avaries. Comme toujours, il
faudra trouver les bons compromis. La victoire de David Raison dans la Transat 650 oblige évidemment à y réfléchir de plus près.



Cedric 03/10/2011 17:11


Je précise juste qu'il s'agit bien d'Eole Generation Suez pour Sebastien. Et Nicolas sur Defi GDE.


Frederic Augendre 03/10/2011 19:00



Euh, oui Cédric, le bateau qui était sorti bord à bord avec le Magnum 747 pour cette séance photo était bien le 719 de Nicolas Boidevezi (Plan Bertrand) et non le 716 de Sébastien Rogues (Plan
Lombard). Pour l'heure, la bataille fait effectivement rage entre le 747 aux formes révolutionnaires et le "classique" 716 dans le final de la première étape de la Transat 650. Bien malin qui
pourra dire, de l'extérieur, ce qui revient au skipper, à la carène ou aux choix météo dans la performance de chacun de ces bateaux, mais après sa victoire dans la Transgascogne, David Raison
confirme l'intérêt de ces choix architecturaux...



Cedric 03/10/2011 17:08


Très intéressant article à relire aujourd'hui, avec peut-être un début de réponse, alors que le défi GDE de Sébastien Rogues et le 747 de David Raison sont au coude à coude pour une victoire sur la
première étape de la mini transat. D'autant plus émouvant, lorsque l'on voit la photo des deux bateaux côte à côte dans cet article.