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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Voile : ball-trap au Vendée Globe

12 Novembre 2012, 08:48am

Publié par Frederic Augendre

Au photoclub de Palaiseau, dont je ne dirai jamais assez ce que je lui dois (et notamment à son animateur Olivier Corsan), nous définissons une photo par la combinaison d'un sujet (digne de ce nom), d'un instant, d'une lumière et d'un point de vue (distance, cadrage, composition). J'ai déjà dû le dire quelque part sur ce blog, mais il y va de la photographie comme du jeu de rugby : ainsi que les entraîneurs (et les avants) aiment à le répéter, il est bon de savoir revenir aux fondamentaux.

 

depart-Vendee_Globe-Frederic-Augendre-2590.jpg

Les voiles sont de vrais placards publicitaires, mais quand le ciel est gris uniforme,

on ne va pas se plaindre d'avoir un peu de couleur dans le panorama (Photo F. AUGENDRE)

 

En reportage, il n'est pas toujours simple de cultiver avec autant d'attention chacun des dits fondamentaux. La lumière est ce qu'elle est, le photographe d'actualité ne choisit pas son heure, ni son ciel. Il s'intéresse d'abord à son sujet, s'attache à capter des moments forts et significatifs, dont il cherchera à renforcer la pertinence par un point de vue original, esthétique, ou significatif.

 

Samedi 10 novembre aux Sables d'Olonne, on était au moins tranquille sur un point : le sujet est là, il nous tend les bras, dix-neuf hommes et une femme en partance pour la septième édition du Vendée Globe, la plus exigeante et la plus aventureuse de toutes les courses à la voile en solitaire. La lumière, en revanche, est à vomir (même si c'est plutôt la houle désordonnée qui a retourné les estomacs sur les bateaux spectateurs). Lorsqu'il ne pleut pas, le ciel est bas, brouillasseux, gris uniforme.

 

Au coup de canon du départ, l'exercice de composition est délicat : il faut à la fois rendre compte de la bagarre sous le vent du bateau comité, du coude à coude entre les skippers, tout en évitant les superpositions trop  nombreuses (à Palaiseau, nous parlons de "télescopages"). Voilà pour l'effort de composition. Quant au cadrage, le photographe ne fait pas trop le malin : il est totalement dépendant du savoir-faire et de la réactivité du pilote de sa vedette à moteur. Les photographes de mer, généralement embarqués à plusieurs dans le même bateau, ont l'habitude de ces situations, leur connaissance de leur sport leur permet d'anticiper sur les évènements, ils briefent le pilote par avance et ajustent en cours de route sa trajectoire et ses évolutions. Il n'empêche : selon qu'on a affaire à un cador ou un timoré, la partie peut être gagnée, ou la sortie carrément gâchée. Samedi, nous étions entre les mains d'un bon.

 

Jean-Le-Cam-depart-Vendee_Globe-Fred-Augendre-2721.jpg

Certains instants sont plus forts que d'autres : l'étrave de Jean Le Cam se cabre

devant les voiles de Golding, De Lamotte, Dick et Beyou (Photo F. AUGENDRE)

 

Une fois la meute lancée, cela devient carrément sport, dans cette houle pénible caractéristique des côtes vendénnes, à laquelle se mêle le clapot désordonné levé par les centaines de bateaux accompagnateurs. La vedette à moteur décolle sur les vagues, retombe brutalement dans les creux, il faut réussir à se caler sur ses jambes, ou assis, en amortissant les chocs et en tentant de garder un peu d'indépendance gestuelle dans le haut du corps. Tout bouge alentour, c'est du brutal, les sens de l'équilibre sont sérieusement malmenés alors que l'oeil, bloqué dans la fenêtre du viseur (d'autant plus étroite que le téléobjectif est long) aurait bien besoin de repères un peu stables. Cadreurs non amarinés s'abstenir. On a vu samedi des caméras et des boîtiers rester dans la housse, leurs opérateurs rentrant au port bredouilles (et verts à plus d'un titre).

 

La gerbe d'embruns levée par l'étrave de la vedette est telle qu'il est illusoire de vouloir photographier vers l'avant. La seule solution, pour photographier un voilier vu de l'arrière, consiste à demander au pilote de prendre de l'angle, en incurvant sa course. Mais ce sera autant de terrain perdu sur le peloton, sachant que le bateau à moteur a déjà le plus grand mal à tenir la cadence des voiliers. Lorsqu'on vise vers l'arrière, les gaz d'échappement viennent parfois brouiller l'image. Au 400 mm, l'exercice tient du ball-trap, et il y a du déchet. Merci l'autofocus (et merci le numérique).

 

Jeremie-Beyou-Vendee_Globe-Fred-Augendre-6965.jpg

Cette image (ma préférée) évoque un au-revoir à Jérémie Beyou, et c'est bien ce qu'elle est :

une fois que notre vedette a pris de l'angle, nous ne reviendrons plus sur lui (Photo F. AUGENDRE)

 

Dans ces circonstances la ténacité, et l'optimisme, peuvent avoir du bon. Le temps passe, les côtes s'éloignent, le retour au port sera long alors que l'editing s'avère fastidieux, mais un coup d'oeil dans l'Ouest laisse percevoir une possible éclaircie. Alors nous tenons bon, nous essuyons les boîtiers (qui sa peau de chamois, qui sa serviette éponge, qui son Sopalin), nous calons dans un coin le photographe anglais qui n'en peut plus, le pauvre, et voilà enfin le petit miracle, ce rayon de soleil qui vient claquer dans les voiles de Samantha Davies, sur fond de ciel anthracite.

 

Samantha-Davies-Vendee_Globe-Fred-Augendre-7035-1.jpg

Trente secondes après cette vue du bateau de Samantha Davies plus tard le ciel s'est

de nouveau bouché, et d'un commun accord nous sommes rentrés (Photo F. AUGENDRE)

 

 

Le photographe portugais Ricardo Pinto a réalisé exactement la même image, ou peu s'en faut (un poil plus tôt, un dixième de seconde plus tard ?), ce qui en passant pourra faire réfléchir à la notion d'originalité sur ce type d'évènements.

 

Ce making-off du départ du septième Vendée Globe serait incomplet si je n'évoquais cet autre exercice de style, consistant à rendre compte des embrassades et des adieux dans le port, au moment où les concurrents, selon un chronométrage pré-établi, larguent leurs amarres. Le photographe n'a pas toujours le choix de son point de vue, dans les bousculades où se mêlent les proches des coureurs, les journalistes, les organisateurs, les sponsors, les invités des dits sponsors, qui sais-je encore, bref tous ceux qui ont bénéficié du fameux bracelet "accès ponton" et brûlent - pour beaucoup - d'immortaliser l'instant avec leur smartphone.

 

Difficile d'être omniprésent et de "couvrir" les au-revoir des vingt compétiteurs. Au moins essaie-t-on de multiplier les angles.

 

Dans la série regard, j'ai aimé les larmes aux yeux de Louis Burton, benjamin de la course, à qui ce blog avait déjà consacré quelques lignes (à relire, aussi, mon portrait des frères Burton sur le site de Voiles et Voiliers).

 

Louis-Burton-Vendee_Globe-Fred-Augendre-6249.jpg

Louis Burton, un peu de vague à l'âme (Photo F. AUGENDRE)

 

Le 70-200 mm est alors l'arme idéale, mais il faut savoir aussi jouer du grand angle pour prendre du recul et donner du contexte :

 

Javier-Sanso-Vendee-Globe-Frederic-Augendre-2399.jpg

Portrait de famille pour l'Espagnol Javier Sanso (Photo F. AUGENDRE)

 

Il n'est pas inutile de garder les yeux ouverts sur l'anecdotique ;

 

Samantha-Davies-Vendee_Globe-Fred-Augendre-6372.jpg

Samantha Davies derrière le viseur, ou les photographes photographiés (Photo F. AUGENDRE)

 

Même si c'est évidemment l'émotion qui domine, comme dans cette accolade entre deux compatriotes (et voisins de ponton), les Britanniques Samantha Davies et Alex Thomson :

 

Alex-Thomson-Samantha-Davies-Vendee_Globe-Fred-Augendre-636.jpg

Alex Thomson congratule Samantha Davies, la plus Française des navigatrices britanniques

(Photo F. AUGENDRE)

 

Et parce qu'il faut bien conclure, je vous invite à regarder sur mon site d'images l'intégralité du reportage sur le départ du Vendée Globe. Vous pourrez vous passer les photos en diaporama, avec la fonction "Slideshow".

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chabbert 13/11/2012 09:57

merci merci! je ne pourrais plus me morfondre parce que je n'y étais pas!!!

Frederic Augendre 13/11/2012 10:12



Ravi de vous avoir emmené un petit moment sur l'eau ;-)