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Frédéric Augendre, le texte et l'image

VOILE : LA COUPE, LE MULTI ET LE BÉOTIEN

9 Avril 2011, 11:59am

Publié par Frederic Augendre

J'ai toujours pensé que le doute était un acte journalistique. Savoir douter des discours qui nous sont déballés, de ce qui nous est donné à voir. Entretenir l'esprit critique, se méfier de ses propres enthousiasmes. Quitte à trop douter au premier abord pour ensuite, après l'examen approfondi, laisser revenir vers plus de modération le balancier du scepticisme. Je suis donc comme cela : client difficile. Voire mauvais esprit ?

 

Je n'aime pas lorsque c'est trop beau, trop simple. Encore moins lorsque c'est trop vendeur. Mon poil journalistique s'est donc hérissé à plusieurs reprises, ces derniers mois, en entendant certains acteurs ou commentateurs de la voile française soutenir que les marins français partiraient avec un avantage considérable dans la prochaine Coupe de l'America, qui se disputera sur des catamarans de 22 mètres. Ben oui, le multicoque, c'est bien Français, non ?

 

frederic augendre team new zealand america cup extreme 40 o

Dean Barker et Team New Zealand lors des régates d'Extreme 40 à Oman (Photo F.AUGENDRE)

 

Passons sur le fait que la vraie spécificité franco-française, c'est le multicoque océanique de compétition. La course en multicoque ne s'arrête pas (ni ne commence) à la Route du Rhum ou au trophée Jules Verne. Intéressons-nous deux minutes au catamaran de sport ou à la voile olympique (le catamaran de type Tornado était au programme des Jeux jusqu'à Pékin). Quelqu'un a-t-il jamais douté qu'un spécialiste de l'olympisme puisse faire ses preuves sur de plus gros bateaux, et à plus forte raison dans la régate au contact ? La question est surtout de savoir si des régatiers de talent seraient incapables de s'approprier un nouveau domaine, et de vite rattraper leur retard supposé.

 

J'étais en février à Oman, pour la première étape du circuit Extreme 40, où des coureurs de niveau mondial s'affrontent sur des catamarans monotypes (à voir ou revoir, aussi, les photos de ce Grand Prix d'Oman d'Extreme 40). Cinq jours de régate, et puis quoi ? 1er. Pierre Pennec (France, issu de l'olympisme et acteur du multicoque océanique); 2ème. Terry Hutchinson (Américain, barreur du team suédois pour la Coupe de l'America, novice du multicoque); 3ème. Roman Hagara (Autriche, double médaille d'or olympique); 4ème. Dean Barker (barreur du Team New Zealand pour la Coupe de l'America, jamais mis les fesses sur un multi avant l'automne dernier).

 

frederic_augendre_interview_voiles_et_voiliers_dean_barker_.jpg

 

Je vous invite à lire mon interview de Dean Barker, sur le site internet de Voiles et voiliers. Le barreur kiwi raconte comment il a pris des tôles l'an dernier à sa première régate d'Extreme 40, puis comment il s'y est mis cet hiver, à bouffer notamment des heures de navigation au trapèze d'un Classe A, catamaran de sport pour solitaire, et comment son team a recruté un spécialiste de la discipline.

 

Ses propos sont raccord avec le commentaire de Pierre Pennec, dans mon compte-rendu des régates d'Oman pour le numéro d'avril de Voiles et Voiliers. Il compare la démarche d'un régatier de haut niveau découvrant le multicoque « à (celle d') un bon joueur espagnol de terre battue, qui passerait du jour au lendemain sur gazon ». « Il va manger du gazon, ne pas en dormir la nuit, être humble, observer ses adversaires sur vidéo pour comprendre leur façon de se déplacer. » Et peut-être bien cartonner à Wimbledon …

 

frederic augendre extreme 40 oman actualites voiles et voil

 

Voilà pour le doute. En laissant revenir le balancier, on pourra s'interroger sur l'avance française en matière de dessin et de calculs. Notre pays concentre des décennies de recul et d'expérience dans ce domaine, et pour le coup, on imagine bien comment le savoir-faire architectural développé sur les grands multicoques est transposable sur les catamarans de la Coupe. Les acteurs du jeu en sont conscients : les Américains d'Oracle avaient débauché le cabinet français VPLP pour le trimaran à aile qui allait coller l'an dernier une rouste à Alinghi, et bouleverser l'avenir de la compétition; Team New Zealand n'est pas en reste, qui – comme nous le rappelle Dean Barker – a recruté un petit groupe de Frenchies autour de Guillaume Verdier.

 

frederic_augendre_communique_ministere_des_sports_coupe_de_.jpgPour finir, rions un peu. On se souvient comment Jean Pierre Champion, président de la Fédération Française de Voile, avait donné le soutien de son institution au défi Aleph de Bertrand Pacé, lui conférant même le statut d'équipe de France. Avait-il ignoré, ou mésestimé, la possibilité que se manifestent d'autres défis français ? Au lancement d'Energy Team, des frères Peyron, le froid était palpable. Le 5 avril, la ministre des Sports Chantal Jouanno (la tutelle de la Fédération, donc), a pondu un communiqué de soutien aux trois défis français (Aleph, Energy Team, et All4One de Kandler et Kersauson) … mis sur le même plan. Désaveu ou rectificatif, comme on voudra : tout dépend de la dose personnelle de mauvais esprit.

 

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Nicolas Fauroux 11/04/2011 08:23


Salut Fred,

Enfin une vision claire et objective, merci pour ton mauvais esprit...


Frederic Augendre 11/04/2011 11:02



Hello Nicolas,


Nos mauvais esprits se rencontrent, donc ....