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Frédéric Augendre, le texte et l'image

Voile : manoeuvrer au moteur avec ceinture et bretelles

15 Août 2012, 15:17pm

Publié par Frederic Augendre

Couverture HS manoeuvres au moteurJ'aurai passé quelques heures - pour ne pas dire des demi-journées - en  tête de mât, dans la réalisation du dernier Hors Série de Voiles et Voiliers, consacré à la manoeuvre de port au moteur. Pour réaliser des vues plongeantes sans que ses propres mollets soient dans le champ, il s'agit de se livrer à de sacrées contorsions. Se pousser des orteils sur le mât ou les haubans, ou encore s'étendre dans le vide pour faire la planche - n'hésitez pas à me demander conseil, cela vaut tous les exercices de gainage préconisés par votre coach personnel - voire opérer prudemment un demi-renversement pour placer la tête plus bas que le bassin.

 

J'étais assez content d'avoir emmené à Lorient, outre le pesant matériel photo habituel, mon baudrier d'escalade, bien plus ergonomique et sécurisant, pour ce genre de figures aériennes, que la classique chaise de calfat. Laquelle devait surtout être à l'origine, si j'en crois son nom, destinée à descendre sur le flanc d'un navire pour calfater sa coque, c'est à dire presser de l'étoupe dans les fissures des bordés. Mes camarades peuvent aussi - en sont-ils conscients ? - remercier mon baudrier, car assis dans une chaise l'équipier montant au mât n'est bon qu'à se faire hisser comme un poids mort, tandis que sanglé dans les cuissards d'escalade il conserve toute sa liberté de mouvements, ce qui l'autorise à tirer sur les bras et à pousser ce qu'il peut avec les pieds, surtout s'il a un peu de fierté.

 

Il se trouve que je ne boudais pas les occasions de redescendre sur le pont chaque fois qu'il semblait nécessaire de se briefer un peu avant une nouvelle série de prises de vue, façon de faire circuler un peu le sang dans les ischio-jambiers comprimés. C'est ainsi que mes compères sont devenus experts dans l'art de hisser un équipier à la volée, tandis que de mon côté j'ai pu confirmer qu'un harnais d'escalade est bien fait pour stopper une chute et pour patienter un moment suspendu en paroi, mais pas forcément pour des travaux acrobatiques de longue durée. Je serai un peu plus attentif, à l'avenir, à la description du harnais spécifique désigné par son fabricant comme : "Seul baudrier à avoir été conçu spécifiquement pour le nautisme. Maximum de confort et de sécurité pour évoluer dans le gréement. Ceinture ergonomique équipée de boucles de serrage en inox protégées par un fourreau néoprène. Design extra large des jambières pour le confort." Entre le prochain accessoire Nikon et le harnais spécial Coupe de l'America, il va peut-être falloir choisir.

 

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Lorsque le soleil le veut bien, vue d'en haut l'eau prend des couleurs émeraude (Photo F. AUGENDRE)

 

Voici pour le making-off de ce numéro dont l'ambition est de fournir au lecteur, avec un maximum d'exemples par l'image, les clés pour réaliser avec un voilier les principales manoeuvres d'accostage et d'appareillage dans un port encombré, lorsque vent ou courant compliquent les données. On aura tout dit en ajoutant que la météo bretonne n'était vraiment pas de notre côté en ce début juin, et que nous avons dû nous faufiler entre grains et averses, et délocaliser la réalisation des derniers chapitres en Méditerranée où Jean Yves Béquignon, l'un des trois auteurs de l'ouvrage (avec le rédacteur en chef Jean Louis-Guéry et moi-même) a son bateau.

 

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Départ sur garde montante, un must par vent debout (Photo F. AUGENDRE)

 

Beaucoup d'efforts, par conséquent, pour photographier demi-tour sur place, de l'effet de pas de l'hélice, du départ sur garde, de l'amarrage d'embelle, et de quelques autres subtilités. En potassant tout cela, chacun devrait trouver à affiner sa technique et à briller dans les ports, sans oublier le principal enseignement : lorsqu'une manoeuvre parait risquée, en raison de la nature de l'emplacement visé, du vent, ou encore du courant, renoncez, et accostez ailleurs. C'est pour avoir négligé cette règle élémentaire que très peu de temps après avoir livré textes et photos de ce hors-série, j'ai réussi à mettre le trimaran de Voiles et Voiliers en travers des pontons de Port Joinville à l'ile d'Yeu. On pourra conclure cette petite histoire en rappelant que nul n'est prophète en son pays, et qu'il y a des conditions où mieux vaut manoeuvrer avec ceinture et bretelles.

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