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Frédéric Augendre, le texte et l'image

VOILE : POUR COMPRENDRE L'AFFAIRE LUNVEN

5 Mai 2011, 09:27am

Publié par Frederic Augendre

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J'étais, comme beaucoup, tombé de ma chaise en début de semaine en apprenant que le navigateur Nicolas Lunven, brillant vainqueur de la transat Bénodet-Martinique, avait été rétrogradé à la cinquième place après délibération du jury de la course, qui l'a pénalisé de trente cinq minutes pour avoir embarqué un récipient non réglementaire. Et comme beaucoup, j'étais peiné (je le suis toujours) pour Lunven, homme charmant et grand compétiteur, qui avait déjà imposé le respect en remportant l'édition 2009 de la Solitaire du Figaro.

 

J'ai compris, et partagé, l'émotion suscitée par cet événement, qui aura fait couler beaucoup d'encre (faut-il encore parler ainsi lorsqu'une grande partie des commentaires s'expriment aussi sur la Toile ?). J'ai moins compris les jugements et réactions à l'emporte-pièce, déconnectés des faits (ou de la tentative de les comprendre). Pour la plupart, les commentateurs s'employaient à agonir les arbitres de la transat, ce qui m'a d'emblée mis mal à l'aise.

 

Au rugby, sport dont je suis fan, critiquer une décision d'arbitre revient à prendre dix mètres. Je parle pour les joueurs, sachant bien – je ne suis pas sourd – qu'il y a toujours dans les tribunes des supporters pour hurler que le juge est notoirement incompétent, voire vendu. Ce qui me fait bouillir (j'ai du mal à rester totalement indifférent à la connerie). Pour avoir travaillé à une époque sur les violences dans les stades de football, je suis convaincu que la haine de l'arbitre est l'un des terreaux sur lesquels croissent les dérives.

 

Même si le hooliganisme n'est pas prêt de menacer la voile, je ne vois pas pourquoi on s'y priverait de respecter l'arbitre. Il peut évidemment se tromper, mais le considérer comme un homme borné et stupide est de mon point de vue … de la dernière stupidité. Le comble étant atteint par cette intervention, sur la page Facebook de Nicolas Lunven, d'un de ses fans qui désigne « M. Jean Pierre VELAY », président du jury de la transat, comme « un grand voyageur aux frais de la Princesse », liste des courses arbitrées ces derniers mois à l'appui. Ah bon, les juges ne paient pas de leur poche les frais liés à leur charge ? La belle affaire.

 

Il me semble bon, et sain, de rappeler que l'arbitre n'est jamais qu'une personne à qui la communauté sportive fait appel pour lui demander de faire appliquer les règles qu'elle s'est fixée. Cette définition est à prendre au sens littéral dans l'affaire qui nous intéresse, puisque les règles régissant les courses des voiliers de catégorie « Figaro Bénéteau » ont été rédigées par les coureurs eux-même. C'est un règlement édicté par son association de classe dont pâtit aujourd'hui Lunven.

 

Autant dire que j'ai été assez peu impressionné par les diverses interjections, « c'est quoi ce jury qui arrive en Martinique cinq jours après la course », « c'est quoi ces gens qui appliquent une pénalité bêtement, un robot suffirait », « c'est quoi ce jury qui donne 35 minutes pour une gamelle isotherme, et seulement 17 minutes 30 à un autre coureur, dont les plombs du radeau de survie ont sauté ». Il m'a semblé, surtout, que la blogosphère pétait un peu les plombs.

 

Et j'ai voulu comprendre. Quelle était la faute reprochée ? Quand était-elle intervenue ? Quelles sont les règles en jeu ? Comment ont-elles été interprétées ? Pourquoi le jugement est-il intervenu si tard ? Pourquoi, effectivement, un tarif plus salé pour une gamelle que pour une paire de plombs ? Une fois effectué le tour de la question (de manière aussi complète que possible, j'espère), ma conclusion est que Nicolas Lunven a été piégé avant tout par un règlement strict et tatillon qui de surcroît (c'est peut-être le point essentiel) ne laisse aucune latitude au jury dans la graduation des pénalités. L'affaire Lunven décortiquée en vingt-deux points, c'est à lire sur le site internet de Voiles et Voiliers.

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